|

Scope Cycling et INEOS Grenadiers : Le pari technologique qui doit reconquérir le Tour

Le monde du matériel cycliste professionnel est souvent fait de traditions et de contrats verrouillés. Pourtant, ce début d’année 2026 marque une rupture tectonique au sein du peloton WorldTour. Après des années à faire confiance à la fiabilité japonaise de Shimano ou à l’exotisme américain de Princeton CarbonWorks, l’armada INEOS Grenadiers a décidé de changer son fusil d’épaule.

L’équipe britannique a signé un contrat exclusif de trois ans avec Scope Cycling, une marque néerlandaise qui a fait du biomimétisme sa signature. Mais INEOS n’est pas seule dans cette aventure : la formation Polti Visit Malta rejoint également le navire. Pourquoi ces équipes misent-elles leur saison sur des roues aux jantes texturées et aux moyeux imprimés en 3D ? Plongée au cœur d’une alliance technique conçue pour une seule raison : aller chercher une 8ème victoire sur la Grande Boucle.

L’union sacrée pour la performance : INEOS et Polti en première ligne

Pour INEOS Grenadiers, 2026 n’est pas une année de transition, c’est l’année de la reconquête. Face à la domination récente des équipes concurrentes, la structure britannique a initié une refonte complète de son approche matérielle. Ce partenariat avec Scope dépasse le simple sponsoring : il s’agit d’une collaboration technique totale. Les ingénieurs de Scope travaillent désormais main dans la main avec ceux d’INEOS en soufflerie pour optimiser chaque watt.

Cette stratégie s’inscrit dans la durée et concerne toute la pyramide de l’équipe. Dès cette année, la nouvelle INEOS Grenadiers Racing Academy équipera ses jeunes talents, tels que Josh Charlton ou Hugo Boucher, avec ce matériel de pointe. L’objectif est limpide : préparer la future génération à rouler avec les standards technologiques les plus élevés avant même leur arrivée en WorldTour.

Scope Ineos

Du côté de Polti Visit Malta, le choix est tout aussi stratégique. Validé par Ivan Basso et Alberto Contador, ce partenariat prouve que la technologie Scope n’est pas un gadget de laboratoire, mais une arme capable d’affronter la rudesse du Giro. Voir ces deux structures aux ambitions différentes — l’une jouant le général du Tour, l’autre animant les échappées sur les routes italiennes — valider le même matériel est un signal fort envoyé au marché.

La fin des « accords secrets » ? Le dilemme du peloton

Ce partenariat officiel avec INEOS sonne-t-il le glas des utilisations « clandestines » qui agitaient les paddocks ces derniers mois ? Car pour les observateurs attentifs, l’arrivée de Scope au sommet n’est pas une surprise : c’était le secret le moins bien gardé du WorldTour.

Avant même cette officialisation, plusieurs équipes sous contrat avec d’autres grands manufacturiers n’ont pas hésité à utiliser les roues Artech, souvent débarrassées de leurs logos, pour aller chercher des gains marginaux décisifs.

  • Chez DSM-Firmenich PostNL : On a vu le grimpeur Oscar Onley utiliser les Artech en haute montagne sur le dernier Tour de France, préférant leur légèreté aux roues de son sponsor officiel.
  • Les stars du Chrono : Des rumeurs persistantes et des photos volées ont montré des coureurs de Lidl-Trek et même certains leaders d’Alpecin-Deceuninck (l’entourage de Mathieu van der Poel est connu pour tester tout ce qui se fait de mieux) expérimenter ces roues lors de contre-la-montre décisifs.

La question qui fâche désormais : Maintenant que Scope est le partenaire « Premium » d’INEOS Grenadiers, l’équipe britannique acceptera-t-elle que ses rivaux directs continuent d’acheter (même discrètement) la même technologie ? Il est probable que l’accès aux dernières innovations Artech devienne beaucoup plus restreint pour les équipes concurrentes, donnant à INEOS et Polti Visit Malta un avantage technique exclusif pour 2026.

Artech : Quand le biomimétisme réinvente la roue

Ce qui a séduit les directeurs de la performance chez INEOS, c’est avant tout la gamme Artech. Scope Cycling a pris le parti audacieux de s’inspirer de la nature pour tromper le vent.

La caractéristique la plus visible est sans doute la technologie Aeroscales. En observant la peau de certains poissons rapides, les ingénieurs néerlandais ont développé une texture en « écailles » sur la surface de la jante. Loin d’être esthétique, ce relief génère des micro-turbulences contrôlées qui stabilisent le flux d’air. Le résultat en soufflerie est sans appel : un gain de 10,5 watts à 40 km/h par rapport à une roue aéro standard.

Mais la véritable prouesse se cache au centre de la roue. Les moyeux Artech ne sont pas usinés, ils sont imprimés en 3D en Allemagne, utilisant du Scalmalloy, un alliage de scandium et d’aluminium issu de l’aérospatiale. La structure est « bionique », évidée là où la matière est inutile, rappelant la structure interne d’un os. Cela permet d’atteindre des poids défiant toute concurrence : à peine 965g pour la version montagne (Artech 2) et un incroyable 1244g pour le modèle aéro de 65mm (Artech 6).

Pour les épreuves chronométrées, nerf de la guerre chez INEOS, le système a été pensé comme un tout : la roue avant Artech 8.T et la roue pleine arrière Artech Disc fonctionnent en symbiose pour fendre l’air.

L’œil de l’expert : La performance a-t-elle un prix ?

Chez Roues Velo Expert, nous ne nous contentons pas de lire les fiches techniques. Si les chiffres de Scope font rêver, l’usage sur le terrain demande une certaine lucidité. Cependant, il est important de remettre les choses en perspective pour du matériel de ce standing.

La première remarque concerne les moyeux en Scalmalloy. Des tests indépendants, notamment ceux de Cyclingnews, ont pu relever une sensibilité de surface sur ce matériau brut. Il ne s’agit pas d’un défaut structurel, mais plutôt d’une caractéristique liée à l’absence de vernis (pour gagner du poids). Concrètement, cela demande simplement un entretien méticuleux : il suffit de bien sécher les moyeux après un lavage ou une sortie sous la pluie pour éviter l’apparition de petites marques d’oxydation de surface. C’est le prix de l’exclusivité pour rouler avec un alliage aérospatial.

Par ailleurs, nous apprécions la réactivité de la marque néerlandaise face aux retours du terrain. Sur les toutes premières séries Artech, un léger jeu latéral pouvait apparaître rapidement une fois les roues montées et contraintes sur le cadre. Scope a immédiatement réagi en mettant à jour la conception de ses axes et de ses embouts. Cette correction technique élimine désormais totalement ce micro-mouvement, assurant une rigidité latérale et une fiabilité conformes aux exigences d’une équipe comme INEOS Grenadiers.

C’est précisément ce type de réactivité et d’amélioration continue qui rassure lorsqu’on investit dans une paire de roues avoisinant les 4 000 €.

La Série Race 2026 : L’excellence accessible ?

Conscient que tout le monde n’a pas le budget de l’équipe INEOS, Scope profite de cette mise en lumière pour refondre sa gamme grand public : la Série Race (R-Series).

C’est probablement la meilleure nouvelle pour le cycliste amateur. Pour 2026, ces roues héritent du profil aérodynamique « AEA » (Algorithm Enhanced Aerodynamics) développé pour l’Artech. La forme de la jante est identique, offrant une pénétration dans l’air très similaire. La différence ? Vous ne trouverez pas les fameuses « écailles » (Aeroscales) et les moyeux sont en aluminium usiné CNC classique plutôt qu’imprimés en 3D.

Ce compromis permet de proposer une paire de roues performante aux alentours de 1 800 €, rendant la technologie WorldTour soudainement beaucoup plus accessible au commun des mortels.

Notre verdict

Le passage d’INEOS chez Scope est plus qu’un transfert de sponsor ; c’est la validation d’une ingénierie de rupture. Si l’Artech reste un produit de vitrine technologique exigeant, l’arrivée de ces innovations dans la gamme Race est une opportunité en or pour les cyclistes à la recherche de vitesse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publications similaires