Fulcrum
Dans l’univers du cyclisme, peu de marques ont réussi à se forger une identité aussi forte en si peu de temps que Fulcrum Wheels. Souvent perçue à ses débuts comme une simple émanation d’un géant italien, la marque a su tracer sa propre route, guidée par une philosophie que l’on pourrait résumer par « Timeless Innovation » (une innovation intemporelle).
Pour comprendre Fulcrum, il faut dépasser la simple fiche technique. Il faut plonger dans une histoire faite d’ingénierie de précision, d’une obsession pour l’aérodynamisme et d’une volonté farouche d’offrir la performance italienne à tous les cyclistes, quelle que soit la transmission qu’ils utilisent. De la mythique Racing Zero aux récentes Speed 42 et 57, voici la grande histoire de Fulcrum.
2004 : La genèse d’un projet stratégique
L’histoire de Fulcrum commence officiellement en juillet 2004. Pour comprendre cette naissance, il faut replacer le contexte du marché du cycle au début des années 2000.
Le dilemme de la compatibilité
À cette époque, le marché est dominé par deux géants de la transmission : l’italien Campagnolo et le japonais Shimano. Il existait une règle tacite, presque esthétique, dans le peloton : on ne mélange pas les marques. Un vélo équipé en Shimano monté avec des roues Campagnolo était considéré comme une faute de goût, voire une hérésie technique pour les puristes.
Cependant, Campagnolo, fort de son savoir-faire séculaire dans la fabrication de moyeux et de jantes, se privait de facto d’une immense part de marché : les utilisateurs de Shimano (et plus tard de SRAM).
La création d’une identité indépendante
C’est ici qu’intervient le génie stratégique derrière la création de Fulcrum. L’idée n’était pas de créer une sous-marque « low cost », mais au contraire de créer une entité autonome, capable de proposer le très haut de gamme italien (roulements, rayonnage, rigidité) avec une esthétique neutre et une compatibilité universelle.
Le nom « Fulcrum » (qui signifie « pivot » ou « point d’appui » en latin) n’a pas été choisi au hasard. Il symbolise le point central autour duquel tout tourne, l’élément essentiel qui transforme la puissance en mouvement.
Dès le départ, la société Fulcrum Wheels s.r.l., basée à Arcugnano en Italie, affiche la couleur : elle hérite du « Racing Heritage » de sa maison mère mais s’affranchit des codes visuels traditionnels pour aller chercher la modernité.
L’ingénierie au cœur de l’ADN Fulcrum
Si le marketing a permis de lancer la marque, c’est la technologie qui l’a pérennisée. En analysant les manuels techniques et les brevets déposés, on réalise que Fulcrum a rapidement développé ses propres solutions, distinctes de celles de Campagnolo sur certains points, tout en partageant l’excellence des matériaux.
Pionniers du Tubeless
Il est important de noter une date clé souvent oubliée : 2008. Comme le rappelle les archives de la marque, Fulcrum a été l’un des tout premiers fabricants à expérimenter la technologie Tubeless en compétition sur route. À une époque où cela semblait « fou », ils ont ouvert la voie à ce qui est aujourd’hui devenu la norme du peloton professionnel.

Le concept 2:1 Two-to-One Spoke Ratio
C’est sans doute la signature visuelle et technique la plus marquante de l’histoire de Fulcrum. Les ingénieurs sont partis d’un constat physique simple : lors du pédalage, la force exercée sur la cassette (côté roue libre) induit une torsion qui peut relâcher la tension des rayons opposés.
Pour contrer cela, Fulcrum a introduit le ratio 2:1.
- Le principe : Sur la roue arrière, il y a deux fois plus de rayons côté cassette que côté opposé.
- Le résultat : Une roue parfaitement équilibrée dynamiquement. Les forces sont réparties de manière égale, la jante ne se voile pas sous l’effort et la réactivité est immédiate.
Cette technologie, visible sur les modèles emblématiques comme la Racing Zero, a redéfini ce que les cyclistes attendaient d’une roue en aluminium : une rigidité absolue.

La technologie MoMag : l’intégrité structurelle
Une autre innovation majeure qui a marqué l’histoire de la marque est le « MoMag » (Mounting Magnet). Contrairement à la majorité des concurrents qui percent le fond de jante pour y insérer les écrous de rayons (ce qui fragilise la structure et nécessite un fond de jante), Fulcrum a pris le problème à l’envers.
Les écrous sont insérés par le trou de la valve et guidés jusqu’à leur point d’ancrage à l’aide d’un aimant.
- Avantage 1 : Le pont supérieur de la jante est plein, sans trous. La rigidité torsionnelle est augmentée.
- Avantage 2 : Pas besoin de fond de jante, ce qui réduit le poids périphérique.
- Avantage 3 : Une étanchéité native, facilitant grandement l’adoption ultérieure du Tubeless.
La conquête de la route : les modèles légendaires
L’histoire de Fulcrum s’écrit à travers ses produits. Certaines roues sont devenues des standards de l’industrie.
La saga Racing Zero (2007)
Lancée officiellement en 2007, la Racing Zero est devenue le standard absolu de la roue en aluminium haute performance. Elle se distinguait par ses larges rayons plats en aluminium et sa technologie 2:1. La marque a même produit des éditions spéciales, comme la Racing Zero CMPTZN DB Custom pour le marché japonais (avec rayons rouges anodisés symbolisant le soleil et la prospérité), prouvant sa capacité à adapter son esthétique aux cultures locales tout en gardant sa rigueur technique.
L’art de la grimpe : Racing Light XLR (2009)
Pour les grimpeurs, 2009 fut une année charnière avec la sortie de la Racing Light XLR. Utilisée par les équipes professionnelles comme Lampre Fondital et Cofidis, cette roue tubulaire ne pesait que 1276 grammes. Avec son corps de moyeu en carbone et ses roulements céramiques CULT, elle était la réponse ultime pour les étapes de montagne.
L’aérodynamisme extrême : Red Wind XLR (2012)
Fulcrum a également su explorer les extrêmes avec la Red Wind XLR 105. Avec un profil vertigineux de 105mm, cette roue était une prouesse d’ingénierie : une structure « full carbon » sur laquelle était appliquée une surface de freinage en aluminium (et non un simple carénage carbone posé sur une jante alu, comme c’était la norme à l’époque). Elle offrait une rigidité et une pénétration dans l’air sans compromis.
La série Speed : l’ère du carbone
Pour le peloton professionnel, l’aluminium ne suffisait plus. Fulcrum a développé la série « Speed » (anciennement Racing Speed). C’est ici que l’obsession aérodynamique de la marque s’exprime le mieux.
L’arrivée de la Speed 40 a marqué un tournant. Elle offrait la technologie des pros (jantes carbone, pistes de freinage traitées) au grand public utilisant des pneus à chambre.
Plus récemment, les nouvelles jantes Speed 42 et 57 marquent une nouvelle ère. Plus larges (pour accueillir des pneus de 28mm et plus), plus rondes (pour gérer le vent latéral), elles incarnent la modernité. Elles intègrent des fonds de jante « undrilled » (non percés) grâce au MoMag, optimisant la sécurité et la facilité du montage Tubeless.
Les roulements : Cult et USB
L’histoire de Fulcrum est aussi celle de la fluidité. La marque utilise des technologies de roulements céramiques de pointe :
- USB (Ultra Smooth Bearings) : Des billes céramiques augmentant la fluidité.
- CULT (Ceramic Ultimate Level Technology) : Le summum. Des billes céramiques sur des bagues en acier Cronitect®. Ces roulements ne nécessitent quasiment pas de graisse (une simple goutte d’huile suffit) et offrent une durabilité exceptionnelle face à la corrosion.
Au-delà du bitume : le pari du tout-terrain
Contrairement à une idée reçue, l’engagement de Fulcrum dans le VTT n’a pas été timide. Les archives révèlent une stratégie offensive dès 2008.
2008 : Le choc « Red Fire » en Descente
Fulcrum est entré dans l’arène du VTT par la grande porte : la Descente (DH). La Red Fire de 2008 est restée dans les mémoires avec son cercle rouge iconique. C’était une roue de 26 pouces indestructible, dotée d’un moyeu avant énorme de 20mm et d’un canal de 23mm (très large pour l’époque !). Elle a équipé les meilleurs pilotes du Commencal Team.

L’Enduro et le XC : Red Zone et Red Carbon
L’innovation a continué avec :
- Red Carbon XRP (2011) : La reine du Cross-Country. Avec seulement 1347g, cette roue carbone a accompagné des légendes comme Gunn-Rita Dahle Flesjå, José Hermida et l’équipe Merida Multivan. Le corps de roue libre en titane et les rayons « straight pull » montraient une recherche obsessionnelle de l’allègement.
- Red Zone XLR (2010) : Une roue d’Enduro au look « graffiti » unique, conçue Tubeless nativement grâce au fond de jante non percé.

L’avènement du gravel
Avec l’explosion du Gravel, Fulcrum a su faire le pont entre ses deux mondes. La gamme Rapid Red est née de cette fusion : la robustesse du VTT avec le rendement de la route. C’est un exemple parfait de l’agilité de l’entreprise, capable de réagir rapidement aux nouvelles tendances du marché (roues de 650b, jantes larges pour pneus de 40mm+).
Un palmarès qui force le respect
La théorie, c’est bien. La preuve par la course, c’est mieux. Si les ingénieurs d’Arcugnano excellent dans la conception, Fulcrum ne s’est jamais contentée de briller uniquement dans les laboratoires de R&D ou sur les bancs d’essai.
Très vite, la marque a compris que pour s’imposer face aux géants établis, elle devait gagner. Et vite.

Sur route : la domination des classiques
L’impact a été immédiat. Dès 2005, soit un an à peine après le lancement officiel de la marque, le Belge Tom Boonen a marqué l’histoire du cyclisme moderne. Il réalise le doublé mythique Tour des Flandres et Paris-Roubaix monté sur des roues Fulcrum.
- Ce n’était pas seulement une victoire sportive, c’était une validation technique majeure : ces roues pouvaient endurer l’enfer des pavés du Nord tout en conservant l’aérodynamisme et la rigidité nécessaires pour gagner un sprint massif.
- D’autres légendes, comme Paolo Bettini (« Le Grillon »), ont également fait confiance à la marque pour conquérir leurs maillots arc-en-ciel de Champion du Monde, ancrant Fulcrum dans l’élite du World Tour.
En VTT : la consécration olympique
Si le succès sur route était espéré compte tenu de l’ADN de la marque, la domination en VTT a surpris bien des observateurs. C’est la légende française Julien Absalon qui a offert à Fulcrum ses plus belles lettres de noblesse off-road.
- En 2008, lors des Jeux Olympiques de Pékin, c’est avec des roues VTT Fulcrum (des modèles Red Metal optimisés) qu’il a conquis la Médaille d’Or.
- Il a doublé la mise avec des titres mondiaux, prouvant définitivement que la technologie italienne offrait la robustesse nécessaire sur les terrains les plus hostiles, là où la moindre faiblesse mécanique ne pardonne pas.
Le virage du freinage à disque
L’une des périodes charnières de l’histoire récente du cycle a été la transition du freinage sur jante (patins) vers le freinage à disque. Pour un fabricant de roues, c’est une révolution qui oblige à repenser intégralement le produit.
Les forces ne s’appliquent plus sur la jante, mais sur le moyeu. Fulcrum a été l’un des premiers à embrasser totalement ce changement avec son standard AFS (Axial Fixing System), compatible avec le Centerlock, et en généralisant les axes traversants bien avant que cela ne devienne la norme absolue.
La gamme « DB » (Disc Brake) a progressivement remplacé les modèles classiques, prouvant que Fulcrum ne subit pas l’évolution technique, mais l’accompagne.
L’importance du « made in… »
Alors que beaucoup de concurrents ont délocalisé l’intégralité de leur production en Asie, Fulcrum (comme sa maison mère) maintient une forte implantation en Europe (notamment en Roumanie pour ses propres usines d’assemblage carbone, avec une supervision italienne constante). Cela permet un contrôle qualité que peu de marques peuvent revendiquer aujourd’hui.
Conclusion : l’avenir est en mouvement
En moins de vingt ans, Fulcrum est passée du statut de « nouvel entrant curieux » à celui de pilier incontournable de l’industrie du cycle. En réussissant le pari de marier l’héritage technique italien avec une ouverture d’esprit universelle, la marque a séduit des millions de cyclistes, du coursier amateur au professionnel du World Tour.
L’histoire de Fulcrum nous enseigne qu’en matière de cyclisme, la roue n’a pas fini d’être réinventée. Entre l’intégration du Tubeless, l’élargissement des jantes pour le confort et l’aérodynamisme, et l’utilisation de nouveaux composites, le voyage vers la perfection continue.
Pour le cycliste moderne, choisir Fulcrum, ce n’est pas seulement choisir une paire de roues. C’est choisir une pièce d’histoire industrielle, conçue pour transformer chaque watt en vitesse pure.

Récap des technologies
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Technologie 3515_a52640-9b> |
Fonction Principale 3515_01db87-44> |
Avantage Cycliste 3515_f83a87-5d> |
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2:1 Two-to-One 3515_cd8729-2f> |
Doublement des rayons côté cassette 3515_5c01d4-0e> |
Transfert de puissance immédiat, pas de perte d’énergie. 3515_3adc5e-25> |
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Jante non percée (pas de trous de rayons) 3515_d59b84-52> |
Rigidité accrue, pas de fond de jante nécessaire (Tubeless easy). 3515_7642df-cb> |
| 3515_8479cf-97> |
Roulements Céramique + Acier Cronitect 3515_7d0514-2f> |
Fluidité 9x supérieure aux roulements standards. 3515_8e7953-21> |
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USB 3515_322c4c-51> |
Roulements Céramique Ultra Smooth 3515_59fde4-b3> |
Réduction des frictions, gain de watts. 3515_e98c8f-f5> |
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AFS Axle 3515_b1e41e-a2> |
Système de fixation du disque 3515_00d755-5e> |
Meilleur freinage et rigidité structurelle du moyeu. 3515_9c9909-7f> |
FAQ
1. Quelle est la différence entre Fulcrum et Campagnolo ?
Fulcrum est une filiale de Campagnolo. Techniquement, elles partagent de nombreux brevets et usines. Cependant, Fulcrum a été créée pour offrir des roues compatibles avec les transmissions Shimano et SRAM sans « faute de goût », avec des rayonnages et des designs spécifiques (comme le ratio 2:1).
2. Les roues Fulcrum sont-elles compatibles Tubeless ?
La grande majorité des roues Fulcrum modernes (milieu et haut de gamme) bénéficient de la technologie 2-Way Fit, qui permet de monter soit un pneu chambre à air (Clincher), soit un pneu Tubeless, sans nécessiter de fond de jante grâce à la technologie MoMag.
3. Où sont fabriquées les roues Fulcrum ?
Les roues Fulcrum sont conçues en Italie. La production est répartie entre l’Italie et les usines européennes du groupe (notamment en Roumanie) pour garantir un contrôle qualité strict, contrairement à beaucoup de marques produisant génériquement en Asie.

















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